Saint PLUTARQUE, martyr avec ses compagons à Alexandrie (202)

  Fête : 28 juin

Origène, ayant ouvert une école à Alexandrie, ne se contenta point d'y enseigner les sciences : il s'appliqua surtout à pénétrer ses disciples des maximes de la perfection chrétienne ; aussi eut-il la consolation d'en voir plusieurs qui versèrent leur sang pour Jésus-Christ durant les ravages de la persécution que l'empereur Sévère avait excitée, et qui dura depuis l'an 202 jusqu'à l'an 211. Parmi les héros chrétiens qui se signalèrent en cette occasion, on compte saint Plutarque, frère de saint Héraclas, qui fut depuis évêque d'Alexandrie. Ces deux grands hommes s'étaient convertis en même temps, et Origène avait été l'instrument dont Dieu s'était servi pour les amener à la connaissance de la vérité. Plutarque se prépara par une vie sainte a confesser sa foi. Comme c'était un homme très connu dans la ville, il fut un des premiers que l'on arrêta. Pendant son séjour dans la prison, Origène le visitait pour l'exhorter à la persévérance ; il l'accompagna même au lieu de l'exécution.

Potamienne était esclave de condition. Sa mère, qui se nommait Marcelle, l'éleva dans les principes de la foi ; mais elle la mit depuis sous la conduite du grand maître dont nous venons de parler, afin qu'il acheva l'édifice qu'elle avait commencé.

Potamienne était jeune et d'une rare beauté. Celui qu'elle servait, ayant conçu pour elle une passion violente, la pressa de consentir à ses désirs infâmes ; mais la sainte se comporta de manière à ne lui laisser aucune espérance. Il employa mille artifices qui ne lui réussirent pas plus que les promesses et les menaces. Résolu de se venger, il la livra au préfet nommé Aquila, le priant toutefois de ne point lui faire de mal, s'il pouvait la déterminer à contenter sa passion, et lui promettant une somme considérable d'argent en cas que les choses tournassent comme il le souhaitait. Les efforts réitérés du préfet n'eurent aucun succès. Voyant donc Potamienne inébranlable, il la condamna à diverses tortures ; il fit ensuite préparer une chaudière pleine de poix bouillante, et la menaça de l'y jeter, si elle refusait plus longtemps d'obéir à son maître. La sainte répondit au juge de la manière suivante : « Je vous conjure, par la vie de l'empereur que vous respectez, de ne pas permettre que je paraisse nue ; ordonnez plutôt qu'on me descende peu à peu dans la chaudière avec mes habits, et vous verrez quelle est la patience que Jésus-Christ, que vous ne connaissez point, donne à ceux qui espèrent en lui ». Le préfet donna l'ordre qu'on lui demandait, et chargea un des gardes de l'exécuter.

Ce garde se nommait Basilide, il traita Potamienne avec tontes sortes d'égards, et la préserva le long du chemin des insolences de la populace, qui insultait à sa pudeur par des paroles obscènes. Il reçut bientôt la récompense de son humanité. La sainte lui dit de prendre courage, l'assurant qu'après sa mort elle lui obtiendrait de Dieu la grâce du salut. A peine eut-elle fini de parler, qu'on lui mit les pieds dans la poix bouillante, et on l'y enfonça peu à peu jusqu'au haut de la tête. Ce fut ainsi qu'elle consomma son sacrifice. Marcelle, sa mère, fut brûlée dans le même temps. Du nombre de ceux qui se convertirent après ce double martyre, fut Basilide, auquel Potamienne avait promis de marquer sa reconnaissance lorsqu'elle aurait été réunie à Jésus-Christ. Peu après le martyre de la sainte, les soldats, ses camarades, exigèrent de lui qu'il jurât par les faux dieux ce qu'il refusa de faire, en disant qu'il était chrétien.

Ils crurent d'abord qu'il plaisantait mais, voyant qu'il persistait dans sa résolution, ils le conduisirent au préfet qui le fit emprisonner. Les chrétiens qui le visitèrent voulurent savoir la cause d'un changement si subit. « Potamienne », leur répondit-il, « m'est apparue dans la nuit, trois jours après son martyre ; elle m'a mis une couronne sur la tête, en me disant qu'elle avait obtenu pour moi du Seigneur la grâce du salut, et que bientôt je lui serais réuni dans la gloire ». Les frères, remplis de joie, le régénérèrent par le baptême. Le lendemain Basilide confessa de nouveau la foi devant le tribunal du préfet, et fut condamné à être décapité. Il est nommé dans le martyrologe romain, sous le 28 juin, avec sainte Potamienne, saint Plutarque et ses compagnons.


Sources :

« Les saints Plutarque, Potamienne, martyrs à Alexandrie (202) », dans Paul Guérin, Les Petits Bollandistes : du 14 juin au 2 juillet, t. VII, Paris, Bloud et Barral, 1876, p.418 (en ligne : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k30737v/f424.item.texteImage)