Saint SIXTE II, pape de Rome, martyr avec ses compagnons (258)

L'Église naissante a vu paraître deux saints pontifes sous le nom de Sixte, qui tous deux l'ont honorée par leur martyre. Le premier était romain et fils de pasteur ; il tint le siège apostolique sous l'empereur Adrien, et souffrit généreusement la mort sous Antonin, pour aller jouir de Jésus-Christ, le 6 avril 127. Le second, dont l'Église célèbre aujourd'hui la mémoire, était athénien. Il s'appliqua beaucoup, dans sa jeunesse, à l'étude de la philosophie, dont on faisait grand cas dans son pays ; mais ayant reconnu combien la doctrine de Jésus-Christ était préférable à toute la sagesse des grecs, il quitta cette occupation pour ne plus étudier que Jésus-Christ crucifié. Étant venu à Rome, il s'y rendit très célèbre par sa prudence, sa sainteté et sa profonde connaissance de tout ce qui appartient à la discipline ecclésiastique.

La chaire apostolique était demeurée un mois vacante après le martyre du pape saint Étienne Ier (253-257). L'Église de Rome, veuve de son pasteur, apprenait chaque jour le massacre de l'un de ses enfants. C'est ainsi que l'acolyte Tharsice fut arrêté par les païens au moment où il avait sur lui la sainte Eucharistie. Les soldats qui se saisirent de sa personne voulurent savoir ce qu'il portait. L'héroïque ministre de Jésus-Christ refusa de découvrir les saintes espèces, et se laissa assommer à coups de pierres et de bâton par la populace. Dans une réunion solennelle aux catacombes, le clergé et les fidèles de Rome, bravant les fureurs de la persécution, eurent le courage de donner un successeur au pontife martyr. Saint Étienne ler avait confié à Sixte, son archidiacre, le gouvernement de l'Église, pendant que lui-même, emprisonné pour la foi, subissait les premières atteintes de la huitième persécution. Les suffrages de l'assemblée se portèrent sur le courageux archidiacre (257). Dès que saint Denis, patriarche d'Alexandrie, eut appris son élection, il lui écrivit pour lui demander s'il fallait rebaptiser les personnes qui avaient reçu le baptême par les mains des hérétiques, et qui demandaient à être reçues dans le sein de l'Église catholique. Nous n'avons point sa réponse ; mais s'il eut le temps d'en donner une, elle fut sans doute entièrement conforme à celle qu'avait faite saint Étienne, son prédécesseur, à la même question proposée par des évêques d'Afrique à savoir, qu'il ne fallait rien innover, mais s'en tenir la tradition. Denis eut la consolation de voir rentrer dans l'unité tous ceux qu'une erreur passagère en avait écartés. Sixte conféra les ordres au mois de décembre, selon la coutume des papes, et y imposa les mains à quatre prêtres, sept diacres et deux évêques. Quelques-uns mettent de ce nombre saint Sixte, premier archevêque de Reims ; mais Flodoard, qui a écrit l'Histoire de l'Église de Reims, dit qu'il fut envoyé dans les Gaules longtemps auparavant par l'apôtre saint Pierre.

Notre saint souffrit des peines incroyables pour la défense et la propagation de la religion chrétienne. L'empereur Valérien ayant déclaré au sénat qu'il voulait qu'on recherchât surtout les évêques, les prêtres et les ministres de l'Église, et qu'on leur fît souffrir toutes sortes de supplices jusqu'à la mort, il fut arrêté comme chef des chrétiens, présenté aux juges et accusé d'avoir tenu des assemblées secrètes, contrairement à l'interdiction du prince. Sixte confessa qu'il n'épargnait rien pour établir le culte du vrai Dieu et pour détruire la superstition de l'idolâtrie et protesta qu'il mourrait volontiers pour une cause si juste et si sainte. On le mena au temple de Mars, pour le presser de sacrifier à cette fausse divinité mais il refusa absolument de commettre cette impiété. Aussi, après une courte détention, et pendant que le pontife célébrait les saints mystères au cimetière de Calliste, des soldats s'emparèrent de sa personne et le conduisirent hors de la ville, où les bourreaux lui tranchèrent la tête (6 août 258).

Saint Sixte précéda ainsi dans le ciel cette pléiade de glorieux martyrs que les édits de Valérien multipliaient partout dans le monde et dont l'histoire n'a pu garder tous les noms. Tandis qu'il marchait au supplice, Laurent, archidiacre de l'Église romaine, le suivait en pleurant et lui disait : « Où allez-vous, mon père, sans votre fils ? Où allez-vous, saint pontife, sans votre diacre ? » Sixte lui répondit : « Ce n'est pas moi qui t'abandonne, ô mon fils, mais un plus grand combat t'est réservé : tu me suivras dans trois jours ». C'est ce qui arriva. Mais si saint Sixte ne fut pas dès lors accompagné de saint Laurent, il ne manqua pas néanmoins d'autres compagnons dans ses souffrances. Car saint Félicissime et saint Agapit, diacres, saint Janvier, saint Magne et saint Étienne, sous-diacres, et saint Quart, furent décapités avec lui, comme l'assure le martyrologe romain, bien que le poète saint Prudence dise en particulier de saint Sixte, qu'il fut attaché en croix.

Parmi les louanges que l'antiquité a données à Sixte II, on remarque surtout celle de pontife doux et pacifique. C'est à cette mansuétude qu'était réservée la consolante mission de terminer la querelle des Rebaptisants, dont nous avons parlé, et qui avait rempli d'amertume le pontificat de son prédécesseur.

Son corps fut inhumé au cimetière de Calliste, sur la voie Appienne, où il avait été exécuté, et ceux de ses compagnons au cimetière de Prétextat, selon la remarque du livre des Souverains Pontifes, attribué à saint Damase. Tous les martyrologes, après saint Cyprien, saint Augustin, saint Maxime, saint Pierre Chrysologue et beaucoup d'autres, parlent avec respect de ce bienheureux pontife.